Fonte des glaciers suisses : Quelles en sont les principales conséquences ?

Pays du chocolat et de la neutralité politique et militaire, la Suisse, État d’Europe occidentale, connait depuis quelques années un phénomène qui traduit bien l’état de déliquescence de la planète. En effet, constituée à environ 62 % de son territoire (41 285 km²) des Alpes, la Confédération helvétique offre la triste réalité du réchauffement climatique qui menace le globe. Ainsi, les scientifiques estiment à environ 1 400 000 000 m3 la quantité de glace ayant reculé pour le seul été 2018. Ce chiffre alarmiste est corroboré par d’autres, ce qui laisse présager que bientôt la Suisse n’aura plus ses glaciers.

La Suisse, un pays de glaciers

Constituée pour plus de 60 % de son territoire des Alpes, la Suisse compte de nombreux glaciers. En effet, on distingue au total 1400 glaciers sur l’ensemble du territoire dont 59 ont une superficie de plus de 3 km². Le plus illustre de tous, le glacier d’Aletsch est le plus grand des Alpes et par conséquent de toute l’Europe. Sa longueur maximale est estimée à 23,6 kilomètres pour une superficie de 117,6 km². En outre, sa masse est de 27 milliards de tonnes de glace et il dispose de 9 sommets avec chacun une altitude moyenne de 4000 m.

Objets de toutes les attentions, les glaciers suisses représentent une source importante de revenu pour la confédération. Ils ont donné naissance à cet effet à un véritable tourisme de masse avec des randonneurs de diverses nationalités qui pratiquent l’une ou l’autre des 65 000 kilomètres de piste de randonnée établie à travers tout le pays. Dans ce contexte donc, on comprend l’importance majeure des glaciers pour la Suisse.

Néanmoins, malgré ses magnifiques montagnes, la Suisse doit désormais compter avec le réchauffement climatique qui risque de rendre le pays sans glaciers d’ici la fin de ce siècle. Ainsi, les magnifiques glaciers du pavillon de glace à Saas-Fee ou ceux de Jungfraujoch ne seront plus qu’un lointain souvenir à l’horizon 2100.

Les glaciers suisses : le drame du réchauffement climatique

Le dérèglement climatique que connait l’ensemble de la planète depuis quelques années à des conséquences négatives sur l’ensemble du globe. L’horrible disparition du glacier du Chacaltaya qui fut jusqu’en 2009 la station de ski la plus haute du monde en est l’un des constats les plus flagrants. Dans le cas des glaciers suisses, chaque année, les scientifiques observent un reculement de la glace avec une accélération ces trente dernières années. Ce reculement de la glace est dû comme l’ont expliqué les scientifiques à l’augmentation du gaz à effet de serre, conséquences des activités humaines. Ces explications rejoignent les analyses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour qui, le réchauffement climatique de la planète depuis 1950 à des causes anthropiques. Un autre rapport du même groupe en 2018 prévient de l’augmentation de la température à 4 ° ou 5 °C avec une augmentation du niveau des mers si rien n’est fait pour réduire la production des gaz à effet de serre. Partant
de ce constat, de nombreuses décisions ont été prises par le gouvernement helvétique, sans pour autant pouvoir stopper la fonte des glaciers.

En 2018, les glaciers suisses ont perdu 2,5 % de leur volume

2018 n’est pas la pire annus horribilis du dérèglement climatique en Suisse. Mais, le constat de la perte de 2,5 % en volume des glaciers du pays vient tirer davantage la sonnette d’alarme sur un phénomène qui s’est accentué depuis une vingtaine d’années. Pour le compte de l’année 2018,

« Les experts ont effectué des mesures sur 20 glaciers, situés dans toutes les régions du pays. Et le bilan est sans appel : l’équilibre entre la croissance due à la neige et les pertes dues à la fonte est fortement négatif »

explique Matthias Huss, glaciologue à l’École polytechnique fédérale de Zurich (le 12 h 30 radiophonique sur RTS). Le bilan le plus spectaculaire de la fonte des glaciers est observé au sommet du Weissfluhjoch (2540 m) dans les Grisons (massif du Plessur). En effet, il ressort des observations de l’Institut suisse pour l’étude de la neige et des avalanches qu’« il n’y a pas eu une seule chute de neige supérieure à 1 cm entre le 17 mai et le 4 septembre. Cela ne s’était jamais produit depuis le début des relevés, il y a 81 ans. »

Il faut reconnaitre que l’année 2018 a surpris plus d’une personne tant les attentes en ce qui concerne la tombée des neiges ont laissé croire à une augmentation du volume de la glace. Néanmoins, c’est sans compter avec les températures et la sécheresse extrêmes observées à partir du mois de mars. L’été 2018 sera à cet effet le plus chaud après celui de 2003 et 2015, tandis que la période d’avril à septembre aura été « de loin la plus chaude jamais enregistrée » d’après MétéoSuisse dans toute la confédération.

1864, 2003, 2011, 2015 et 2018… La Suisse bientôt sans glacier

Dans l’histoire récente de la fonte des glaciers suisses, 2003 aura été la pire annus horribilis avec sa canicule record. Néanmoins, on estime que 2011, 2015 et plus encore 2018 ont été bien pires en termes de conséquences pour l’ensemble de la Suisse en général et pour les glaciers en particulier. À cet effet, si en 1864, la petite république helvétique a connu des records de chaleur, record de chaleur qui sert toujours de références aujourd’hui, les conséquences n’ont été aussi dramatiques comme les canicules de ces dernières décennies. Ainsi, depuis le début des années 1970, les glaciers suisses ont diminué de 33 %. Et rien qu’en 2017-2018, les glaciers de Suisse ont perdu 1500 millions de m3 de glace. Des chiffres très alarmants qui incitent à prendre des mesures radicales afin d’empêcher le pire.

Fonte des glaciers suisses : Quelles en sont les principales conséquences ?

La fonte des glaciers Suisses a et aura de nombreuses conséquences pour la fédération. D’abord, il faut reconnaitre le fait que la Suisse soit parmi les pays qui seront les plus touchés par le réchauffement climatique. Les experts expliquent à cet effet que les Suisses seront davantage touchés par le dérèglement climatique que la moyenne mondiale. Et de façon symbolique, le pays connait déjà un avant-gout des effets du réchauffement climatique. Et si la température actuelle de la terre n’était pas maintenue en deçà des 2 °C, les choses risquent de s’empirer, car à 1,5 °C comme le demandent les scientifiques du GIEC, on atteint déjà des bouleversements énormes pour l’ensemble du globe.

D’une façon on ne peut plus claire, les conséquences de la fonte des glaciers seront d’abord d’ordre physique et géographique puis économique pour la confédération. À cet effet, elles se manifesteront dans trois secteurs à savoir le tourisme, les risques naturels et l’exploitation hydraulique.

Les risques naturels, conséquences directes de la fonte des glaciers

Que ce soit en Suisse ou dans d’autres parties du monde, le réchauffement climatique entraine l’effritement des glaciers, leur régression et par conséquent des risques d’éboulement. En Suisse, les cas les plus récents sont :

  • l’impressionnant éboulement dans le Val Ferret de septembre 2018 : une grande masse de roche s’était effondrée dans le Val Ferret. Cet éboulement très spectaculaire à cause de la montée de poussière qu’il a libéré était aussi la conséquence de l’été chaud de 2018;
  • le glissement de terrain d’Aletsch : intervenu dans les mois de septembre et octobre 2016, il s’agit d’un glissement de terrain avec une masse en mouvement de 15 millions de mètres cubes. Les causes sont diverses et selon les scientifiques interrogés à l’époque des faits, le réchauffement climatique serait la cause directe de ce glissement notamment avec la disparition du glacier en aval de la montagne;
  • l’éboulement survenu au Pizz Cengalo (GR) en décembre 2011 : Un volume de 1,5 million de mètres cubes de roche avait dévalé la pente en plein hiver;
  • etc.

En effet, les cas d’éboulements sont légion en Suisse à cause de l’impact de la chaleur sur les glaciers. Des régions comme le Valais, le Grison sont très touchés par ces phénomènes qui sont amenés à être plus récurrents au fur et à mesure que la fonte des glaciers s’accélère. Ces dernières sont des causes très importantes de l’érosion des montagnes qui dans leur chute impacte désagréablement l’environnement. Ainsi, dans les Alpes suisses, l’autre conséquence directe ou indirecte de la fonte des glaciers est le dépôt de sédiments dans les rivières alpines. Il faut à cet effet craindre les risques de « lave torrentielle », un mélange d’eau et de boue très néfaste à l’écosystème des cours d’eau.

Fontes des glaciers : les ressources en eau de Suisse menacées

La fonte des glaciers en Suisse comme partout ailleurs dans le monde pourrait causer d’importants dégâts en ce qui concerne l’accès des populations à l’eau potable. C’est dire que la menace ne pèse pas uniquement que sur la Suisse, mais sur l’ensemble du globe. En effet, les glaciers stockent à ce jour plus de 95 % des réserves d’eau douce disponible sur la surface de la Terre. Ils la redistribuent ensuite en été, la période de sécheresse naturelle. Ce qui alimente donc non seulement les cours d’eau et la végétation, les centrales hydroélectriques, mais aussi facilite l’accès à l’eau potable de l’ensemble habitants de la planète. C’est ainsi que l’Himalaya est source d’eau potable pour environ 1/3 de la population mondiale en Asie, alors que grâce à ses glaciers, la Suisse est surnommée le château d’eau de l’Europe. Néanmoins, ce surnom ne doit pas cacher la triste réalité de la fonte des glaciers.

En effet, en Suisse, une fonte des glaciers comme on l’observe actuellement sera d’abord source d’importantes inondations. Les lits des cours d’eau s’en trouveront déborder avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur les hommes, la végétation et les récoltes. Ensuite, on observera l’effet inverse ou les glaciers ne pourront plus alimenter les cours d’eau pendant l’été. En effet, la diminution des glaciers ou leur disparition va accentuer les effets de la sécheresse et les besoins en eau des populations suisses. En quelques chiffres, 38 % de l’eau consommée par les Suisses provient directement de l’espace alpin et du Jura. 19 % proviennent des lacs qui sont eux-mêmes alimentés pour une bonne part par les massifs alpins et jurassiens. Les enjeux sont donc énormes !

Fontes des glaciers : menace sur le tourisme suisse

Représentant 2,9 % de son PIB, la Suisse est un pays très attractif du point de vue touristique. Ces villes mondialement connues de Zurich et de Genève attirent énormément de visiteurs. Mais le tourisme en Suisse, c’est également ces glaciers. Ces derniers attirent en effet chaque année des centaines de milliers de touristes venus faire du ski, de la randonnée ou de la balade. Le Zermatt au pied du Cervin est le troisième pôle touristique de Suisse. On y retrouve la deuxième plus vaste zone couverte par les glaces des Alpes après le glacier d’Aletsch. Dans ce contexte donc, une fonte des glaciers de Suisse va porter un coup sanglant au secteur touristique. C’est déjà le cas avec le massif des Diablerets ou les pistes sont désormais fermées de début mai à début novembre suite au recul du glacier de Transfleuron. Cela dit, en Suisse, les conséquences négatives du réchauffement climatique sont déjà visibles. On les observe le plus sur les petits glaciers qui régressent chaque année de façon considérable.

Et d’après de nombreux scientifiques suisses, il n’y a que peu de chances que ces glaciers (les plus petits) puissent demeurer encore visibles sur les vingt prochaines années. Par contre, les grands glaciers de type Aletsch continueront de subsister tout en perdant de leur surface tous les ans. À long terme, leur survie est hypothéquée si la température devrait continuer à grimper.

Fontes des glaciers suisses : des mesures urgentes doivent être prises

« Quand ils ont construit la cabane en 1992, le glacier était à 20 mètres. Maintenant il faut marcher un kilomètre. Mais ce qui m’a le plus surprise cette année, c’est la couleur. Jamais le glacier n’a été aussi noir ».

Ces propos alarmistes de Tatjana Billinger, gardienne de la cabane de Prarochet, sur les hauts de Savièse témoignent d’une vraie menace à laquelle on doit répondre de façon prompte.

En effet, le gouvernement suisse reste particulièrement attentif à la question de la fonte des glaciers. Cela se traduit notamment par la signature en 2015 de l’accord de Paris sur le climat qui demande la limitation de la température mondiale en deçà de 2 °C. Néanmoins, il faut rappeler que d’après le dernier bilan du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) (Rapport du mois d’octobre 2018), des efforts doivent être faits afin de contenir la température à 1,5 °C d’ici la fin du siècle. C’est dire donc que malgré la volonté affichée des autorités suisses de diminuer de moitié leur production de gaz à effet de serre, il faudra faire davantage d’effort. Et pour y arriver, ce sont les organisations écologiques qui tentent de contraindre au mieux les gouvernements. C’est le cas de WWF et de Greenpeace qui préviennent de la disparition des glaciers suisses d’ici 2100. À cet effet, ils lancent depuis quelques années de nombreuses initiatives en faveur de la protection des glaciers ou du climat.

Cependant, les grands succès ne sont pas encore au rendez-vous et les glaciers suisses continuent de fondre comme du chocolat sous le soleil.

Auteur de l’article : Hanny

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